140 participants ont pris part au 13ème Midi de la microfinance organisé par ADA le mercredi 24 février 2010, à la Banque de Luxembourg. Consultant, ancien directeur des Systèmes financiers décentralisés à la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO), Eric Ekué a partagé son expérience en matière de réglementation du secteur de la microfinance.
La réglementation constitue-t-elle un frein au développement du secteur de la microfinance? D'aucuns se posent la question et s'interrogent sur l'utilité de réglementer cette industrie en pleine expansion. M. Ekué l'affirme: « Oui, la réglementation permet d'améliorer l'accès des populations aux services financiers et offre des opportunités de développement »
M. Ekué se base sur l'expérience des Etats africains de l'espace UEMOA qui, depuis les années 1960 confient l'élaboration de textes juridiques cadres du secteur financier à la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest. Dans les années 1980, une crise du secteur financier eut pour effet de réduire considérablement le nombre d'établissements bancaires et, par conséquent, d'accroître l'exclusion bancaire de toute une tranche de la population ouest africaine, « Alors que 80% de la population était déjà en marge du secteur financier, il fallait disposer de 1.500 euros pour ouvrir un compte », rapporte M. Ekué. Les Coopératives d'épargne et de crédit saisirent l'opportunité de la crise pour proposer des produits financiers à des personnes exclues des services bancaires traditionnels. Au fur et à mesure que cette niche se développa, la BCEAO observa « des défaillances, notamment au niveau de la gouvernance des institutions de microfinance, ce qui imposa une réflexion sur une réglementation spécifique pour ce type d'activité ».
C'est en 1992 que la BCEAO démarra le travail pour une réglementation du secteur de la microfinance. « Au début, nous n'étions pas les bienvenus », se souvient M. Ekué, « nous avons mené de nombreuses réunions de concertation; petit à petit, les acteurs ont pris conscience de la nécessité d'encadrer les activités de microfinance ». La BCEAO opta pour une loi « inspirée du secteur bancaire traditionnel mais spécifique à la microfinance, tenant compte de la diversité des acteurs ». Et pour cause, une Institution de microfinance peut aussi bien être une coopérative d'épargne et de crédit qu'une ONG ou une institution bancaire. Parmi les spécificités de cette réglementation, il n'y a pas de capital minimum imposé pour l'obtention de l'agrément de la BCEAO comme institution de microfinance.
Chiffres à l'appuI, l'ancien directeur des Systèmes financiers décentralisés affirme que la réglementation a contribué à faire évoluer le secteur de manière positive: « Nous comptons actuellement 700 institutions de microfinance contre une centaine au début des années 1990, 5.400 points de service pour 10.000 emplois, 4 millions de comptes bancaires et 7 millions de bénéficiaires. » La réglementation mise en place au sein de l'UEMOA montre néanmoins ses limites. Par exemple, les systèmes d'information permettant d'obtenir les états financiers des institutions, sont encore limités voire inexistants dans certaines institutions, « Même si des progrès ont été faits, les institutions de microfinance doivent s'organiser pour améliorer la transparence et assurer le suivi des risques », explique M. Ekué, avant de conclure: « C'est notre grand challenge pour les années à venir. »
(Source: ADA)