Sous l’effet d’un environnement économique international nettement dégradé depuis le 4ème trimestre 2008, les prévisions de croissance pour l’économie luxembourgeoise ont été revues une nouvelle fois à la baisse. La crise actuelle a engendré une détérioration rapide et importante du marché du travail, amenée à se renforcer sur les trimestres à venir. Les finances publiques feront également les frais de cette crise, avec deux années de déficit en 2009 et 2010.
Tels sont les faits principaux de la Note de Conjoncture n° 1-2009, que le STATEC vient de publier. Les prévisions macro-économiques, la conjoncture internationale, l’évolution récente des principales branches d’activité, l’Inflation, les salaires, les relations économiques extérieures, le marché du travail et les finances publiques y sont traités en détail. Cette Note comporte en outre plusieurs analyses ou encadrés méthodologiques spécifiques sur les thèmes suivants: les indicateurs avancés de conjoncture, l’évolution récente de l’activité de crédit, le chômage partiel et l’impact du plan de relance luxembourgeois.
Crise financière internationale: des retombées très lourdes sur l’économie réelle
La crise financière, dont le paroxysme a été atteint au 2ème semestre 2008, va très fortement impacter l’économie réelle internationale en 2009 et infliger des blessures qui mettront du temps à cicatriser. Les entreprises, orientées sur un sentier de croissance déjà en perte de vitesse en 2007, ont été touchées dès la fin de 2008 par un effondrement très rapide de la demande. Entre l’automne 2008 et le printemps 2009, les experts des différentes organisations internationales se sont lancés dans un véritable rallye de révisions à la baisse sur leurs pronostics de croissance, au fur et à mesure que s’enchainaient les mauvaises statistiques économiques.
Le décrochage de l’activité a été si brutal qu’il a mis très peu de temps à impacter les chiffres du chômage. Ce dernier est en forte augmentation dans la plupart des économies développées et le mouvement n’en est qu’à ses débuts. En termes de croissance économique, APRès une année 2009 qu’on peut d’ores et déjà qualifier de catastrophique au niveau mondial, 2010 devrait se contenter d’être simplement mauvaise, avec une croissance quasi-nulle.
Prévisions pour le Luxembourg: récession très marquée de 4% en 2009 et reprise timide en 2010
Le 4ème trimestre 2008 a également été fatal pour l’économie luxembourgeoise, faisant pencher l’évolution du PIB en terrain négatif, avec au final une récession de 0.9% pour l’ensemble de l’année en 1ère estimation.
Sous l’évolution des révisions à la baisse des perspectives économiques émanant des différents pays partenaires du Luxembourg – de la zone euro en premier lieu – le STATEC a dû adapter ses hypothèses de prévisions pour prendre en compte la dégradation bien plus forte qu’escomptée de l’environnement international.
Le STATEC table aujourd’hui sur une récession de 4.0% pour 2009 et sur une croissance – très faible par rapport aux performances du passé – de seulement 1.0% pour 2010.
Les stabilisateurs automatiques, qui assurent un flux de dépenses anticyclique, ainsi que les mesures discrétionnaires engagées par le Gouvernement, permettront de limiter les dégâts sur la consommation et l’investissement, mais malheureusement pas de les éviter. La plupart des Etats européens se trouvent dans une situation où des plans de relance trop coûteux auraient comme conséquence une explosion de la dette, ce qui compromettrait la stabilité financière à long-terme. Il ne faut pas oublier que la crise actuelle est liée avant tout à un endettement massif des ménages (américains surtout) qui n’a pas su trouver de contrepartie solide. Les produits financiers dérivés de cet endettement, plutôt que de résoudre ce déséquilibre, l’ont au contraire amplifié et diffusé, débouchant in fine sur une des crises financières internationales les plus graves de l’histoire.
Les finances publiques seront fortement impactées par la baisse des recettes, ce qui devrait mener à un déficit budgétaire de 2.3% en 2009 et de quelque 4% en 2010 (à politique inchangée).
Le marché du travail luxembourgeois se trouve face à de sombres perspectives: la remontée, relativement récente, du taux de chômage devrait se prolonger au moins jusqu’en 2010, amenant la proportion de chômeurs à quelque 7% de la population active, un niveau encore jamais éprouvé depuis que cette statistique existe pour le Luxembourg.
Dégradation générale de l’activité dans les branches, l’industrie particulièrement touchée
L’année 2008 a été pour le moins chaotique pour la sphère financière et les résultats des différents acteurs du secteur financier luxembourgeois sont là pour en attester. Malgré tout, par rapport aux autres places financières, le Luxembourg semble avoir en partie, mais en partie seulement, tiré son épingle du jeu. Les banques notamment, dont les résultats sont nettement impactés par la baisse des valorisations boursières, ont pu – en marge de la tendance européenne profiter d’une activité soutenue dans le domaine du crédit et générer des revenus sur intérêts plutôt confortables. L’heure est cependant au redressement de la profitabilité APRès les pertes enregistrées en 2008, ce qui passe malheureusement par la réduction des frais de fonctionnement avec des perspectives assombries pour les salariés du secteur, que ce soit en termes d’emploi ou de rémunérations.
En réaction à la crise financière, les démarches engagées au niveau international afin de modifier l’encadrement de la règlementation et de la surveillance financières ont débouché sur de fermes déclarations d’intention de la part des différents protagonistes, mais pas encore sur des mesures concrètes. Il est par conséquent difficile, voire impossible pour le moment, d’apprécier l’effet de ces démarches sur les perspectives de développement du secteur financier luxembourgeois à moyen terme.
Les autres services (commerce, Horeca, transports et communications, immobilier et services aux entreprises) ont dans l’ensemble connu une année 2008 relativement satisfaisante, même si la dynamique de croissance s’est essoufflée au fur et à mesure que la crise se diffusait dans l’ensemble du tissu économique. Ils sont amenés à traverser l’année 2009 beaucoup moins sereinement, en lien avec la poursuite de la dégradation de la situation conjoncturelle nationale et internationale.
L’un des secteurs les plus touchés par la crise, outre le secteur financier, est celui de l’industrie. La production industrielle s’est littéralement effondrée au 4ème trimestre, bien plus fortement que dans l’ensemble de la zone euro, et l’activité devrait rester ancrée sur un niveau très faible au début de 2009.
Les domaines de la sidérurgie ou de l’équipementerie automobile, pour ne citer qu’eux, sont lourdement touchés par la brusque baisse des ventes de véhicules en Europe, par le volume plus faible des chantiers de construction constaté au niveau mondial et par la baisse générale des investissements productifs.
Le secteur de la construction semble avoir plutôt bien résisté en 2008. Les projets de construction non résidentielle continuent de soutenir l’activité, alors que les constructions de logements sont amenées à ralentir si l’on en croit les statistiques relatives aux autorisations de bâtir. Les prix de vente des logements semblent plus ou moins plafonner, on peut même constater une légère baisse sur les prix affichés à la vente mais rien de comparable avec le violent retournement des prix observés dans certains pays européens comme l’Espagne, l’Irlande ou le Royaume-Uni.
L’année 2009 sous le signe de la désinflation
APRès avoir progressé de 3.4% en 2008, l’Inflation devrait largement refluer en 2009 pour s’établir à 0.4%. A l’origine de cette évolution, on retrouve l’effet décalé de la baisse des prix des matières premières, qui APRès s’être véritablement enflammés sur la première partie de 2008 ont largement reflué depuis. L’impact le plus fort à ce niveau est lié aux prix des produits pétroliers (carburants, mazout de chauffage, etc.) qui évoluent plus ou moins de concert avec le prix de l’or noir.
Le taux d’Inflation, autrement dit la variation annuelle des prix à la consommation relevés par le STATEC, apparaît très faible en ce début 2009 (+0.6% en moyenne sur les 4 premiers mois) et devrait même s’inscrire en terrain négatif sur les prochains mois, lorsque l’effet de base négatif lié au prix du pétrole sera maximal. Il serait cependant déplacé de parler de déflation pour le moment, au moins pour deux raisons: premièrement du fait de la disparition de l’effet de base évoqué précédemment, qui va mécaniquement repousser le taux d’Inflation à la hausse une fois l’été passé; deuxièmement parce que l’Inflation sous-jacente (calculée hors produits pétroliers et autres biens dont les prix sont particulièrement volatiles) reste pour le moment ancrée au-dessus de 2% et ne montre pas encore de signe de ralentissement.
Cette désinflation, autrement dit le freinage de la hausse des prix, va bénéficier à la progression du pouvoir d’achat des ménages en 2009. L’autre composante du pouvoir d’achat, la hausse moyenne du revenu disponible, sera également plus forte en 2008. Même si l’augmentation des salaires prévue pour 2009, de 2.1%, est plus faible qu’en 2008 – ce qui découle notamment de la mauvaise conjoncture économique – la progression des revenus sera supérieure du fait de l’adaptation des barèmes fiscaux qui vont accroître le revenu moyen APRès imposition. La baisse des taux d’intérêt dégagera également une marge supplémentaire pour les ménages qui doivent rembourser des crédits contractés à taux variable.
La crise s’étend au marché du travail
L’emploi intérieur est entré en phase de ralentissement au début de 2008 et cette orientation s’est d’avantage accentuée à partir du 4ème trimestre.
Cette dégradation du marché du travail s’est reportée en symétrique sur le taux de chômage qui est passé de 4.2% au début 2008 à 5.3% en mars 2009 (données corrigées des variations saisonnières).
L’emploi a principalement ralenti dans le secteur financier, dans les services aux entreprises et dans la construction. Etonnement, l’emploi industriel n’a pas subi ce mouvement de ralentissement sur la fin de 2008, probablement grâce au recours massif au chômage partiel qui permet de maintenir les personnels concernés dans l’emploi (10 000 personnes environ sont concernées par une mesure de chômage partiel au début 2009, dont quelque 6 000 pour l’industrie).
L’emploi frontalier a ralenti plus rapidement que l’emploi résidant, ce qui peut s’expliquer au moins par deux raisons. Tout d’abord, les travailleurs frontaliers sont relativement plus présents dans le secteur privé que les résidants, et donc plus sensibles à la conjoncture économique. Ensuite, en cas de retournement rapide de l’activité, les entreprises vont jouer sur la partie la plus flexible de leurs effectifs pour ajuster l’offre en réaction à la baisse de la demande: ceci passe notamment par la réduction des effectifs intérimaires, majoritairement occupés par des travailleurs frontaliers. A moyen terme, l’emploi national (des résidants) sera cependant lui aussi impacté, conformément aux trajectoires observées lors des précédentes crises économiques. Il est en outre plus que probable que l’emploi frontalier redémarrera plus rapidement que l’emploi national, pour les mêmes raisons, lorsque la reprise se mettra en place. Malheureusement, pour tout le monde, il faudra encore un certain temps avant qu’une telle reprise ne se dessine.
(Source: STATEC)