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Qui détruit le modèle social luxembourgeois ?

 

Ce que l’on appelle communément le « modèle luxembourgeois » repose en fait sur deux piliers: le dialogue entre partenaires sociaux et une protection sociale hors du commun. Pour que dialogue il y ait, les partenaires sociaux doivent se réunir autour d’une table, dresser le constat objectif des choses et faire des propositions qui permettent de maintenir à terme la protection sociale.

 

Hélas, comme lors de la tripartite en 2010, les syndicats ont encore une fois préféré nier les réalités économiques pour finalement bouder la table. Pourtant, ils ne se sont pas déchargés de leur responsabilité par une politique de la chaise vide sous prétexte que l’ordre du jour leur déplaît. A un moment décisif où les parties concernées – employeurs, syndicats et gouvernement – étaient appelées à prendre des décisions essentielles pour l’avenir de notre pays, les syndicats se sont repliés dans une attitude de déni.

 

Ainsi, au lieu d’aider à pérenniser le modèle social, ceux qui prétendent le défendre ont forcé le gouvernement  à agir sans leur consentement pour mieux le huer de loin.
Les entreprises luxembourgeoises sont attachées au modèle luxembourgeois et s’efforcent de préserver pour tous une couverture sociale unique en Europe. Mais comment faire sans adapter les systèmes sociaux aux réalités économiques ? Il ne suffit pas pour cela de crier haut et fort « Touche pas à mes prestations ! ».  Il faut, que cela plaise ou non, mettre les prestations et le financement en équilibre.

 

Il est irresponsable de faire croire que nous pouvons maintenir le modèle luxembourgeois en ignorant la dégradation des facteurs qui le font fonctionner. Qui peut avoir Intérêt à fermer les yeux devant la crise historique qui secoue l’Europe ?  Quelles raisons à refuser de prendre en compte ce que le Statec, notre Banque centrale, les services de la Commission européenne, les économistes de l’OCDE ou encore le professeur Fontagné essayent de nous faire comprendre depuis des années : l’économie luxembourgeoise ne maintiendra pas indéfiniment son rythme de croissance, le chômage augmente, les recettes fiscales diminueront, l’Etat s’endette de façon spectaculaire et le système des pensions est totalement insoutenable sous sa forme actuelle ? Pourtant, il semble qu’aujourd’hui il suffit de croire aux vérités mathématiques élémentaires pour se voir traité d’ultra-libéral affreux.

 

Il est un fait que notre prospérité sociale des dernières années était financée par une croissance forte issue d’un secteur financier dont la productivité était deux à trois supérieure au reste de l’économie. Nous nous sommes comportés comme si cette manne miraculeuse devait redoubler sans fin. Et maintenant, alors qu’il devient perceptible que ce modèle là s’avérera bientôt être un mirage, les syndicats fuient leurs responsabilités.

 

Ils ne sont pas les seuls à prendre peur. Le gouvernement n’ose pas dire au pays que les mesures annoncées seront absolument insuffisantes pour sauvegarder le sacro-saint modèle luxembourgeois. Sans le consentement préalable des syndicats, il n’agira qu’à moitié, car il lui manque tout simplement  la force politique nécessaire pour prendre les mesures structurelles qui seront indispensables si nous ne voulons pas hypothéquer l’avenir de nos enfants.

 

Dans cette triste histoire, les représentants des entreprises sont les messagers des mauvaises nouvelles. Il ne suffira pas de les tuer pour espérer préserver le passé. Il faudra les écouter et discuter avec eux les solutions d’avenir.

 

(Source: ABBL/Le Jeudi)

   
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